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L'alimentation bio n'est pas encore sans risques

Le bio : en long, en large, en travers

Ecrit par Alexandre Broutart Publié le 7 févr. 2017

L'alimentation bio n'est pas encore sans risques

L'alimentation bio passe pour être la solution miracle contre les travers de notre bonne vieille agriculture intensive. Mais est-ce vraiment le cas ? Est-elle totalement inoffensive pour notre corps, l'environnement et le monde animal ? D'après les plus assidus défenseurs de la cause écologique, il semblerait que non. Petite vérification...

Bon d'abord, ne vous y trompez pas, manger bio est toujours très largement plus sain et écologique que de s'alimenter façon 90's, c'est-à-dire sans s'interroger le moins du monde sur la façon dont poussent les chips que l'on engouffre devant le match. Selon l'ingénieur agronome Jean de Kervasdoué, une assiette de produits issus de l'agriculture conventionnelle, un plat quelconque, comporte en moyenne 128 produits chimiques. Largement de quoi vous faire réfléchir à deux fois avant de critiquer la nourriture biologique, qui est censée avoir été produite sans intrants chimiques et sans pesticides. D'autant plus que l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) considère que l'agriculture biologique à grande échelle serait tout à fait viable pour nourrir la planète, et mieux encore, "entrainerait probablement un accroissement des disponibilités alimentaires" en Afrique.

Seulement tout n'est pas encore bon dans le (cochon) bio, à commencer par son étiquetage...

Nombreux sont les agriculteurs bio à s'insurger contre le choix du logo actuel de l'agriculture biologique, désormais unique, celui voulu par l'Union Européenne. Ces derniers considèrent que cette seule feuille verte (ah bon c'est une feuille ??), auréolée des étoiles de l'Union, n'est pas du tout explicite pour le consommateur qui, de fait, favorisera beaucoup moins facilement le bio face à l'agriculture conventionnelle.

Théorie du complot ? Qu'à cela ne tienne, nous avons voulu vérifier par nous-mêmes : ce logo est-il suffisamment reconnaissable ? Est-il simplement connu de nos concitoyens, qui n'ont pas forcément de supermarché bio en bas de chez eux et devront repérer par eux-mêmes les produits bio dans les rayons ?

A l'aide de notre petit micro-trottoir, nous découvrons que la réponse est... sans équivoque :

Ce premier constat fait, nous sommes allés à la rencontre des différents acteurs du secteur bio, des agriculteurs aux vendeurs dans les supermarchés dédiés, jusqu'aux ingénieurs agronomes de l'Anses (L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail), responsables des tests phytosanitaires commandés par l'Etat français avant la mise en vente sur le marché des produits utilisés dans l'agriculture (conventionnelle ou biologique).

Voilà les trois points qui ont retenu notre attention...

Le bio n'est pas sans risque toxique

D'abord, il y a ce que les viticulteurs appellent la "bouille bordelaise". Historiquement utilisée comme fongicide (anti-champignons) pour lutter contre le mildiou dans le vignoble bordelais, la bouillie bordelaise est une préparation à base de sulfate de cuivre. Aujourd'hui la pratique s'est répandue dans la quasi-intégralité des vignobles, mais aussi des cultures d'arbres fruitiers de toute sorte (pêcher, poirier, etc..) et de certains légumes. Pourtant ce produit n'est pas sans risques sanitaires et écologiques, bien qu'il soit toléré au sein de l'union, y compris en agriculture biologique.

Risqué, cela l'est d'abord pour l'humain qui manipule la mixture. Pour en recouvrir les vignes, il faut se protéger tout le corps avec une combinaison et des gants adaptés, sinon le contact avec la peau peut être hautement toxique vu la concentration en cuivre du produit, sans parler des problèmes respiratoires qu'il peut engendrer. Ainsi revêtu, le risque est considéré comme acceptable par l'union européenne. Pourtant, si l'on en croit une étude de L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) :

L'équipement ne garantit aucunement une protection totale : il y a toujours un risque d'exposition résiduelle.

Ensuite, il y a le risque pour la faune et la flore. Sur ce point les études de l'Anses, sollicitée pour chaque nouvelle marque de bouille bordelaise, ne manquent pas. Dans celles-là, on retrouve à chaque fois les indications suivantes :

Des risques aigu, à court terme et à long terme ne peuvent être exclus pour l’usage revendiqué.

Selon ces documents, les "risques aigus" concernent d'abord les mammifères vivant aux alentours, tout comme les oiseaux se nourrissant des vers de terre de ces cultures, gorgés de cuivre...

Lorsque l'exploitant viticole pratique l'épandage aérien du produit (par hélicoptère), la limite de 100 mètres (avant le champ voisin), constamment préconisée dans les rapports de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), ne peut pas être respectée, et ce en raison d'un manque de précision évident. Le risque pour les mammifères environnants est donc décuplé, mais surtout, la pratique s'avère hautement polluante pour les points d'eau situés à proximité :

L'évaluation présentée par l'Anses dans l'avis 19 juin 2012 conclue à un risque inacceptable pour les organismes aquatiques.

... dit l'avis de l'ANSES après saisine, probablement instiguée par des pêcheurs. On retrouve le même type de conclusion pour de nombreuses autres marques de bouillie bordelaise, et ceux-là laissent souvent peu de place à l'interprétation :  "les usages sur céleri branche, artichaut, choux à inflorescences, laitue, cresson alénois, cresson de fontaine, épinard, haricots écossés frais, pois écossés frais (portée de l’usage : lentilles fraîches), pomme de terre, carotte, betterave potagère et oignon ne sont pas acceptables."

Et cela n'est qu'un exemple des nombreux intrants chimiques toujours utilisés dans l'agriculture bio, conformément aux produits tolérés par la charte européenne de l'agriculture biologique. S'il serait faux de conclure que tout produit chimique utilisé en agriculture serait nécessairement toxique, considérer que l'agriculture bio n'utilise aucun pesticide ou intrant chimique l'est tout autant. Parmi les insecticides tolérés, nombreux sont encore sujet à caution comme le Spinosad, la Deltaméthrine, le souffre, etc.

Près de 400 intrants sont autorisés en agriculture bio. Parmi eux, des produits dont on ne connaît pas toujours la composition ou qui ne sont pas exempts de toxicité ou d’écotoxicité. Catherine Regnault-Roger, membre de l’académie d’agriculture et membre correspondant de l’Académie nationale de pharmaci

Parmi ces nombreux produits, on retiendra aussi l'utilisation de l'huile de neem dans les cultures bio. D'origine végétale (issue du margousier), la substance est connue pour être un perturbateur endocrinien (il est aussi utilisé comme contraceptif masculin en Inde). A croire que les substances chimiques ne sont pas seules responsables de tous nos maux...

Et là encore, l'avis de l'Anses laisse perplexe : reconnaissant que des données de toxicité sont encore manquantes, elles préconise explicitement sa non-utilisation dans les exploitations "légumières, maraîchères, sur les prairies pâturées et sur toutes les cultures annuelles destinées à l’alimentation."

Le bio et l'empreinte carbone

A l'origine, l'agriculture bio est censée être un système alimentaire à empreinte énergétique faible (moins de rejet de CO2 dans l'atmosphère), notamment parce qu'elle interdit l’utilisation d’engrais azotés. Mais là encore, les choses ne semblent pas toutes aller dans ce sens, loin de là.

Selon l'Organisation des Nations-Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) : 

Les petits producteurs biologiques cédaient progressivement la place à de grosses entreprises agroalimentaires (…), ce qui pourrait à terme réduire les avantages découlant de l’agriculture biologique. Il convient de trouver les moyens de préserver le contrôle que les producteurs exercent sur les circuits d’approvisionnement en produits biologiques.

Cet aspect de l'évolution du bio a toute son importance, car plus les grandes marques s'approprient le terrain du bio ("Carrefour bio" par exemple), plus les importations de produits bio moins coûteux (que les français) envahissent le marché, délaissant les "circuits courts" pourtant si chers à la philosophie du bio. De là, l'évident problème des transports nécessaires à l'importation, qui ne sont pas sans alourdir considérablement l'impacte carbone dans l'atmosphère. 

Mais quant à l'impact carbone, il y a pire encore que le transport : la culture sous serre (du moins tant que le transport ne concerne pas l'Outre-Atlantique...). L'agriculture biologique en est malheureusement très friande, pour des raisons de rendement principalement (on ne peut pas produire des tomates toute l'année sans cela), comme pour des raisons qualitatives : la culture sous serre garantit une certaine qualité du produit, et évite tout problème phytosanitaire lié au plein champ. Propice donc pour le bio, mais pas pour l'atmosphère ! 

Une culture sous serre est incroyablement émettrice de CO2, notamment parce que des concentrations élevées de dioxyde de carbone (600 à 1 000 ppm) sont maintenues dans l'atmosphère de la serre afin d'augmenter la photosynthèse. 

A quoi bon manger du bio si ce n'est pas totalement écologique, mis à part pour la seule satisfaction de manger plus sain ? Doit-on se rediriger vers les supermarchés traditionnels pour lutter contre le réchauffement climatique ? Ce paradoxe fait aujourd'hui le cœur des nouveaux débats écologiques sur l'alimentation.

Solutions

Les écologistes pointent donc du doigt les dérives du bio, et insistent sur la nécessité de ne pas se laisser guider aveuglément par un label qui n'est pas encore le garant d'une parfaite éco-responsabilité. Mais loin de dénigrer le bio, ils préconisent que cette agriculture se recentre, en favorisant par exemple les producteurs locaux, et non cette nouvelle "agriculture intensive biologique".

Pour cela, ils expliquent que la non utilisation de pesticides et "d'intrants" (produits extérieurs) de toutes sortes n'est possible que par : 

  • Une valorisation des permacultures, qui font cohabiter sur une même exploitation plusieurs cultures voire plusieurs types de cultures (maraîcher et vergers par exemple), parfois même couplés à un élevage. Cette pratique semble être la seule à pouvoir se passer de produits pour lutter contre tous les parasites et "pathogènes", grâce à des stratagèmes que la nature elle-même semble avoir mis en place (ex : telle culture va repousser naturellement tel type d'insecte, l'engrais naturel de tel élevage évite l'utilisation d'engrais chimique, etc.). C'est tout le contraire de la monoculture qui semble ne pas pouvoir se passer de nombreux produits pour exister.
  • Une intégration de principes plus soucieux de l'impact carbone dans la charte européenne de l'agriculture biologique, en remplaçant, par exemple, le gaz utilisé dans les serres par la combustion de biomasse (ex : copeaux ou écorce de bois, voire même de fumier), comme le font les chercheurs de la Grappe scientifique biologique du Canada (GSB).

... ces idées s'inscrivant bien-sûr dans un lot de préconisations, vous l'imaginez, encore bien plus vaste. La question du bien-être animalier, lui aussi inscrit dans la charte européenne du bio, n'est pas non plus sans soulever quelques questions quant à sa mise en pratique dans l'élevage bio.

 

 

Gardez donc l’œil ouvert et l'esprit affûté quand vous irez faire vos courses, le combat pour une alimentation plus raisonnée progresse, mais n'est pas terminé !

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