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Au Kenya, les "Karate Grannies" martyrisent les violeurs

Sans défense, les grands-mères ? On en doute un peu là...

Ecrit par Antoine Lebrun Publié le 26 oct. 2016

Au Kenya, les "Karate Grannies" martyrisent les violeurs

Au Kenya, le viol est presque devenu une normalité pour les jeunes femmes. Mais les prédateurs sexuels ont une nouvelle lubie : les femmes plus âgées, considérées comme épargnées par le VIH du fait de leur faible activité sexuelle. A Korogocho, un bidonville près de Nairobi, une trentaine de résistantes ont trouvé de quoi se défendre : le karaté. Et la doyenne a 85 ans.

Vous commencez à nous connaître un peu, non ? A la question "Hello Demain fait-il l’apologie de la violence ?", vous répondrez bien évidemment par un franc et implacable "non". Sauf que nous restons humains avant tout (Human After All, comme disaient les Daft Punk) et, qu’on le veuille ou non, l’agressivité est un peu dans nos gènes. Surtout qu’on vient tout juste de décréter un nouveau genre de violence : la "bonne violence". On vous explique.

Au Kenya, en plus d’autres fléaux gravissimes, le viol prend une place exponentielle dans la société. Selon le 2014 Kenya Demographic and Health Survey, 14 % des femmes âgées de 15 à 49 ans auraient déjà été victimes d’agressions sexuelles. Une horreur. A 10 km de la capitale Nairobi, le bidonville de Korogocho entasse 155 000 habitants sur 1,5 km2. Là-bas, la tendance ne s’arrête pas à la cinquantaine et de plus en plus de femmes âgées subissent, elles aussi, l’enfer du viol. La raison : d’après les violeurs, plus une femme est âgée, moins elle a de relations sexuelles et donc moins de risques d’être séropositive. Une implacable logique…

A chaque fois que ces jeunes gars ont fait un mauvais coup, ils demandent aux shoshos (grands-mères en langue kikuyu, l'ethnie dominante à Korogocho) de dormir avec eux. Ils croient que les jeunes filles d'ici sont toutes infectées par le sida, et ils préfèrent les vieilles car ils savent que nous n'avons plus de partenaires Mary Wangui, 73 ans et habitante de Korogocho

Mamie fait de la résistance

Sauf que les mamies kenyannes, qui s’y frotte s’y pique. A 60, 80 ans et même plus, elles sont une trentaine à se réunir chaque semaine pour balancer des pralines dans des sacs de boxes. Pieds nus, larges robes sur le dos et fichus vissés sur la tête, elles apprennent les rudiments des arts martiaux (mélange de karaté, kung-fu et taekwondo) en lâchant de bruyants "NOOOOOOOO !".

Si la puissance des coups laisse à désirer, celles que l’on appelle les "Karate Grannies" développent une science parfaite de la précision. "Ce n'est pas la peine de frapper fort pour être précis, explique à La Dépêche Sheila Kariuki, l’une des professeurs. La précision, tout est là." Nez, menton, genoux, clavicules et bijoux de famille (ou arme du crime) : autant de zones sensibles que les anciennes ciblent prioritairement pour faire mouche en cas d’attaque. 

Hakuna Matata, quelle phrase magnifique

Alors qu’une simple sortie au point d’eau du bidonville en pleine journée est un risque notoire pour ces femmes, la crainte s’arrête au bord du ring. Encouragements répondent aux applaudissements le tout glorifié par le slogan "Hakuna Matata" ("Aucun souci") peint sur l’un des murs. "Ces mots signifient que tu vivras ta vie, sans aucun souci…"

Mais au-delà de l’autodéfense, Sheila inculque la culture de la maîtrise à ses élèves. "Je leur apprends à hurler, qui est le contraire de crier. Quand on hurle, on garde le contrôle de la situation, on reste calme. On dit au monde qu'on n'aime pas ce que ces jeunes types nous font et on leur dit d’arrêter". 

La doyenne de ces résistantes a 85 ans et un sacré crochet du droit qui renverrait un jeune homme dans les jupons de sa mère. Jane,elle, n’a "que" 55 ans mais a déjà pu mettre à profit ses entraînements face à l’agresseur. "Il a touché mon cou. Puis je l'ai boxé, encore et encore." Grands-mères fouettards. 

Source image : © Siegfried Modola - Reuters

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