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Freegan Pony, le resto engagé dans la lutte contre le gaspillage alimentaire va-t-il être sauvé ?

Alors que tout le monde le croyait perdu, la resurrection de Freegan Pony est en marche...

Ecrit par Alexandre Broutart Publié le 21 sept. 2016

Alexandre Broutart

Freegan Pony, le resto engagé dans la lutte contre le gaspillage alimentaire va-t-il être sauvé ?

A vos ordinateurs. Un vote en ligne est en place pour sauver le 1er restaurant "Freegan" de France, engagé dans un bras de fer avec la mairie de Paris depuis son ouverture en octobre 2015. Pour le faire savoir, le haut lieu parisien qui récupère et sert des aliments sur le point d'être jetés a ré-ouvert pendant trois jours et trois nuits. Nous y étions pour prendre la température et obtenir des explications sur les dernières décisions de justice les concernant, en exclusivité sur Hello Demain.

Le saviez-vous : la dénomination "freegan" désigne toute personne voulant lutter contre le gaspillage alimentaire en ne mangeant exclusivement que les aliments sur le point d'être jetés (et donc gratuit, "free"), alors qu'ils étaient encore consommables.

Niché juste sous le périph (si si !), dans un immense hangar réaménagé et décoré avec goût, le lieu est déjà en soi un petit miracle d'audace et d'insolence. Au Freegan Pony de Porte d'Italie, "on est bénévole et on sait pourquoi on le fait" nous explique-t-on, à peine arrivés sur les lieux du crime nocturne. Car oui, le Freegan n'a toujours pas le droit d'ouvrir avant de faire les travaux qui lui ont imposés la Mairie de Paris, mais les choses pourraient bien changer d'ici peu...

Dès l'entrée du site, une armée d'ordinateurs connectés vous attendent pour voter sur le site du budget participatif de Paris, et pour le projet 25 s'il vous plaît, celui du Pony, qui compte bien continuer à servir des plats faits à partir d'invendus alimentaires, et d'aliments tout juste arrivés à date de péremption mais encore comestibles.

Il y a 1 Million de tonnes de déchets par année à Paris, et 85% de ces déchets sont brûlés ou enfouis, alors qu'ils sont encore consommables. Pour sensibiliser les gens à cela, ici, ils vivent une expérience, en mangeant les invendus de Rungis, et c'est beaucoup plus percutant que des explications.

... nous dit le chef des lieux, Aladdin, qui nous raconte aussi ce qu'il s'est passé depuis qu'en Avril dernier, la justice a statué que le restaurant n'était pas aux normes et devait fermer. Si début Juillet, tous les espoirs semblaient de nouveau permis pour le resto squatteur à qui la mairie venait d'accorder un bail de 24 mois, la situation est aujourd'hui moins simple : certes l'asso a obtenu le droit de rester, mais à condition de payer un loyer à la Commune de 25 000 euros, ainsi que des travaux de 250 000 euros.

"Cadeau empoisonné" pense aussitôt Aladdin le fondateur, pour qui une telle somme est évidemment hors de portée, à moins que...

Mis au pied du mur avec les autres bénévoles, il décide de ne pas baisser les bras, et de jouer sur le terrain-même de la Mairie de Paris, qui met en concurrence chaque année sur son site du "budget participatif" les projets les plus innovants.

Si le projet d'Aladdin Charni (en photo ci-dessous) "finit dans les premiers" à la fin des votes le 2 octobre, le Freegan pourra subsister, et cette fois, pour de bon.

Du coup, et tout en commençant à sentir l'odeur irrésistible des petits plats à base d'artichauts conçus par des chefs étoilés pour l'occasion, on en a envie de le "cuisiner" un peu plus, notamment au sujet de la méthanisation des aliments jetés, depuis que la loi contre le gaspillage alimentaire l'encourage. Ce processus de fermentation des déchets organique contribue à la production de biogaz, pouvant servir de carburant par exemple.

 Il nous répond :

D'accord faire du Biogaz c'est mieux que rien, mais c'est quand même une aberration de devoir brûler des denrées alimentaires en masse alors que la moitié de la planète meurt de faim. Ca échappe à toute logique.

Toujours au sujet de la nouvelle loi, il ajoute :

Les associations censées redistribuer les invendus n'ont pas les moyens de le faire dans cet ultimatum des 24 heures qu'on leur laisse aujourd'hui. Ce qu'il faudrait faire, c'est demander à des experts de mieux quantifier le moment où tel produit est vraiment impropre à la consommation, car je suis convaincu qu'un yahourt peut-être distribué encore 20 jours après sa date de péremption, et que la viande et le poisson peuvent aussi l'être à J+2. Et cela c'est sans parler des aliments qui ne se périment pas, comme le sucre, le miel, etc.

Nous goûtons l'excellent plat unique concocté pour la soirée, sans arrêter pour autant de refaire le monde avec Aladdin et ses acolytes. Des petites corbeilles sont laissées devant les clients au moment de récupérer leur assiette. Car le lieu pratique le "prix libre", et compte bien continuer à faire de la sorte s'il ré-ouvrait bel et bien.

Dans la joie et l'euphorie, clients, bénévoles et futurs employés du Freegan Pony ont bien répondu à l'appel d'Aladdin vendredi soir, et beaucoup parlent de ce qui s'est passé ici durant l'été. Car en juillet et en Août, le Freegan a aussi hebérgé bon nombre de réfugiés, et si l'équipe ne peut désormais plus le faire, elle aspire très clairement néanmoins à continuer de leur servir à manger gratuitement "chaque fois qu'ils le souhaiteront."

Ici ça doit être un lieu de mixité sociale : si tu ne peux rien donner en échange de ton repas ce n'est pas un problème, et si tu peux alors fais-le.

Et tout comme il accueille lui-même chacun des nouveaux visiteurs du site, Aladdin Charni fait aussi avec vous le trajet du retour, pour vous raccompagner jusqu'à la sortie :

Comment tout a commencé ? J'avais simplement trop de produits dans mon frigo depuis que j'amassais pour ma propre consommation les déchets de Rungis. Alors j'ai ouvert un restaurant.

Rendez-vous le 2 octobre prochain pour le verdict...

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Source image : Alexandre Broutart d'Hello Demain

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