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Interview écolo de Michel Ocelot : "Je n'achète jamais d'essuie-tout."

Du dessin-animé à l'écologie, il n'y a qu'un pas... 7 questions exclusives au réalisateur.

Ecrit par Alexandre Broutart Publié le 3 janv. 2017

Interview écolo de Michel Ocelot : "Je n'achète jamais d'essuie-tout."

Il est peut-être la plus grande sensibilité artistique française d'aujourd'hui. À 73 ans, Michel Ocelot, le créateur des films d'animation "Kirikou", "Azur et Asmar" et bien d'autres, a joué le jeu de l'interview 100% écolo en exclusivité pour Hello Demain.

Dans les dessins animés du réalisateur français Michel Ocelot, on est émerveillés par la grande diversité dans le choix des cultures représentées : de l'Afrique subsaharienne au monde arabo-andalou du 15ème siècle, en passant par la Russie, jusqu'à la Perse médiévale ou les anciennes tribus Mayas d'Amérique centrale... Et ceci n'est encore qu'un rapide aperçu du voyage permanent auquel il invite le spectateur.

Dans les histoires multi-temporelles  de Michel Ocelot, c'est souvent la Nature elle-même qui est l'héroïne muette du récit. Dans le second volet de Kirikou par exemple, le petit protagonniste oublie complètement l'objet de sa quête à un moment donné du film, subjugué par la beauté du décor naturel ouest-africain. "Mais que c'est beau !", s'exclame-t-il sur la tête d'une girafe.

A la fin de l'histoire, c'est le fait qu'il ait découvert un "nouveau paradis secret" qui retient l'attention des autres habitants du village, et non l'exploit d'avoir échappé aux gardes de la Sorcière (ouïe) pendant plusieurs jours.

En changeant constamment d'univers visuel en même temps que de culture, Michel Ocelot montre au grand jour cet amour enraciné des mille visages de la terre, mais pas que. Les peuples représentés sont toujours confrontés au vrai sens étymologique du mot écologie : le rapport entre des invidus et leur habitat, leurs conditions d'existence dans le milieu qui leur est donné. Toujours dans le film Kirikou, les habitants sont confrontés à la ruine de leurs terres agricoles. Kirikou pense alors à l'alternative d'une reconversion : désormais ils pourraient construire des poteries, pour les vendre dans un village voisin... Alors nous avons eu envie d'en savoir plus.

7 questions écolos à Michel Ocelot

1 - Monsieur Ocelot, votre art est-il écologiste ? 

Probablement. Je suis favorable à une certaine politesse, envers les humains, les animaux, les herbes, les arbres et les cailloux. Les écologistes peuvent avoir souvent l’impression de donner des coups dans l’eau, mais non, leur action est utile, des victoires se succèdent. Pour ma part, je ne prétends pas avoir des actions directes, je me limite à faire ce que je sais faire, du guignol.

Suis-je alter-mondialiste ? Peut-être, comme le Bourgeois-Gentilhomme qui parlait en prose. Michel Ocelot

2 - Peut-on dire que vous êtes alter-mondialiste ?

Je suis assez satisfait d’être ici et maintenant —il faut dire que je suis un privilégié. Suis-je alter-mondialiste ? Peut-être, comme le Bourgeois-Gentilhomme qui parlait en prose. A peu près tout le monde veut une humanité généreuse et ne veut pas que l’argent du monde disparaisse irrationnellement dans les poches de quelques multinationales.

3 - Souhaitez-vous rappeler au monde d'aujourd'hui que les nouvelles espérances et désirs modernes sont parfois vains, au regard du bonheur simple et sans accessoire auquel les peuplades d'autrefois étaient peut-être plus proches ?

Non, je ne cherche pas un “retour”. Je ne saurais d’ailleurs pas où aller.

4 - Pourtant dans "Azur et Asmar" vous avez fait le choix de cet "âge d'or" du monde arabo-andaloux du 15ème siècle. Induit-il une dialectique particulière avec notre présent ?

Je n’ai pas voulu montrer une époque particulière, mais une civilisation un peu oubliée, qui, pendant quelques siècles, a tenu le flambeau de la civilisation. D’ailleurs, nous n’avons aucun document graphique sur les Almoravides et les Almohades, qui interdisaient farouchement la représentation des personnes.

Je n’achète jamais d’essuie-tout, il y a tant de bons chiffons faits avec des vieux pyjamas, chemises et t-shirts. Michel Ocelot

5 - Faites-vous partie de ceux qui revoient drastiquement leurs veilles habitudes culinaires et pratiques dans un but écologique ? 

J’éteins toujours la lumière quand je sors d’une pièce. J’éteins de même mes ordinateurs quand je ne m’en sers pas. Je n’achète que la nourriture que je peux consommer, et n’en jette pas. Non seulement je ne jette jamais de pain, mais j’utilise aussi les miettes, recueillies dans une planche à pain avec bac —les miettes sont providentielles en cuisine. J’utilise beaucoup la cocotte-minute.

Je chauffe peu mon appartement. Je ramasse cageots et palettes, jetés dans la rue, pour en faire des flambées dans ma cheminée, et donner des tonnes de plaisir à mes amis et à moi-même (tâchant d'en transmettre une partie par mes films) (les feux de bois n’ont pas bonne presse, mais leurs qualités dépassent leurs défauts). Je n’achète jamais d’essuie-tout, il y a tant de bons chiffons faits avec des vieux pyjamas, chemises et t-shirts. Mes torchons d’ailleurs sont des draps usés, débités et ourlés par une vieille voisine serviable. Je circule beaucoup à pied ou en patins à roulettes (depuis toujours).

Tout cela me vient sans y penser. Ce fut bien utile lors de mes périodes de vaches maigres. Mes parents ont gagné leur guerre, en survivant bien dans un dénuement extrême. Leur économie était constante et naturelle, ils ont pu ensuite être très généreux avec leurs quatre enfants. Ma mère n’a jamais jeté une allumette brûlée. Elle s’en servait pour allumer un deuxième feu de sa gazinière. Cela semble extrême, c’est en fait plus simple et plus rationnel.

6 - Comment expliquez-vous ce parti-pris de la simplicité esthétique, et ce depuis le tout début de votre carrière ?

J’aime cela. Il y a aussi un certain principe moral. Et puis il y a l'argent, au début je n’en avais pas, et ne pouvais faire autre chose.

7 - Si dans vos œuvres il y a un tel respect des peuples, de la nature et du monde, c'est qu'il doit y avoir aussi de l'amour dans le mot écologie. Justement, dans votre dernier long-métrage "Ivan Tsarévitch et la princesse changeante", il est beaucoup question d'amour. Quels conseils donneriez-vous à votre plus jeune public à ce sujet ? Que diriez-vous à un jeune qui ne sait pas bien encore comment vivre et assumer ses sentiments ?

Oh làlà ! Qui suis-je pour donner des conseils d’amour ?!

Je pourrais dire que tout est bon, malgré de sacrés chaos : l’amour-passion, l’amour-sexe, l’amour-famille, l’amour-amitié.

En savoir plus : www.michelocelot.fr

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