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On a testé pour vous : faire appel à une "recyclerie" plutôt qu'aux encombrants

L'impossible destin d'une commode qui n'avait rien d'une armoire normande...

Ecrit par Alexandre Broutart Publié le 8 sept. 2016

On a testé pour vous :  faire appel à une "recyclerie" plutôt qu'aux encombrants

Depuis le 16 juillet 2016, la mairie de Paris a mis en place sur son site un portail explicatif dédié au recyclage. On y explique de façon assez exhaustive les meilleures attitudes à adopter pour ne plus jeter à tout-va son matériel, ses vêtements ou ses livres, et adopter une attitude éco-responsable. Suivant les conseils du site, nous avons voulu expérimenter le recyclage du mobilier usagé.

Pourvus d'une commode de style informatique-bureautique d'un mètre sur un mètre dont nous souhaitions nous séparer, nous avons réfréné notre envie d'appeler  les "encombrants" afin de nous en débarrasser au plus vite, et faire un peu de place pour créer ce coin "cosy" dont nous parlions depuis des mois. L'affaire était donc des plus urgentes.

En bons élèves disciplinés, nous lisons toutes les recommandations du site, et apprenons l'existence de deux nouveaux mots : "recyclerie" et "ressourcerie" (celui-là est un nom déposé par l'association Interloque).

Il s'agit en réalité d'un seul et même concept : un lieu associatif qui chaparde légalement le travail des encombrants en proposant de venir chez vous reprendre les meubles dont voudriez vous défaire. Ensuite, ces recycleries retravaillent les objets récupérés et les revendent à des prix interessants, le but avoué étant de "casser le cycle pervers de la consommation" apprend-on, qui crée sans cesse de la matière dans une perpétuelle fuite en avant. 

La page Internet invite à une certaine réflexion, et l'on se dit en effet que dans une telle société, des "trous-noirs" à disposition de chacun eussent été bien pratique en somme, pour faire disparaître sans trace les objets que nous cessons de désirer à la même vitesse que nous en obtenons d'autres passionnément.

Enthousiastes et bien décidés à en découdre avec nos vieilles habitudes, nous nous jetons sur le téléphone pour contacter ces lieux associatifs. Huit numéros qui correspondent à notre type d'objet, c'est déjà bien, quoiqu'un peu en sous nombre vu la taille de la capitale...

Premier numéro, une association connue qui nous dit que  notre meuble n'est pas assez gros pour justifier de déplacer un camion, met nous met gentiment en relation avec une autre antenne, qui, elle, "prend ce type de matériel".

La même réponse nous attendait au second numéro, qui à son tour nous met gentiment en contact avec un troisième centre parisien. Ces trois adresses figuraient toutes dans l'annuaire de la Mairie de Paris.

Troisième appel et comme le prédisait le dicton, troisième échec :

Votre meuble n'est pas suffisamment grand pour que nous justifions un déplacement, nous sommes désolés.

Décidément, il faisait bon de se séparer de ses armoires normandes, ces temps-ci.

Les choses commençaient à se complexifier. Nous sentons un léger agacement, vite tempéré par le bon sens : après tout, ce n'était précisément très "éco-responsable" de faire venir un gros camion depuis le 92, pour un meuble d'ordinateur d'un mètre sur un mètre. Et puis nos pieuses résolutions ne devaient pas être ébranlées par de si minces déceptions.

Quatrième numéro de la liste, cette fois il s'agit d'une asso moins connue, au nom original. Tous les espoirs sont de nouveau permis. Ce coin "cosy" ne portera pas sur sa conscience les travers de la consommation de masse, ou ne sera pas.

On nous répond, mais à peine amorce-t-on la description de l'objet que la voix nous interrompt :

Rien qu'au son, là, je le sens pas.

Pardon ?

Oui, rien qu'à la description je le sens pas. Nous ne prenons pas.

Bon après tout s'ils ne veulent pas récupérer notre meuble ils ont le droit d'avoir leur goûts propres, ou de ne pas aimer l'informatique...

Au cinquième numéro nous faisons un constat des plus inquiétants : il ne reste plus que deux adresses, du moins parmi celles qui correspondaient à notre objectif, qui n'était pas de refourguer des livres ou des vêtements. Et désormais rompus à ce type de réponse, on ne fait même plus mine d'être déçus en entendant que notre jolie commode n'était pas non plus au goût de nos "ressourceurs".

Ultime chance : une adresse proche de notre lieu d'habitation. Un nom qui nous inspire confiance et un site Internet fort sympathique. Vague lueur d'un impossible espoir. Le numéro ne répond pas, on apprend par la messagerie que le centre ne rouvrira que plus tard dans le mois. Mon co-équipier craque.

Le soir même, les encombrants sont venus chercher notre meuble bureautique d'un mètre sur un mètre, rejeté de tous, et désormais voué aux centres de tri du grand Paris.

Dix jours plus tard, à la réouverture de la "Ressourcerie" (association L'Interloque) qui aurait peut-être accepté notre meuble (le dernier numéro de notre liste), nous allons à leur rencontre pour avouer, et peut-être même nous faire pardonner nos fautes. Ils comptent quatre enseignes dans Paris, dont deux qui n'ont pas été recencées par le site de la Mairie (celles de la rue des Cloys dans le 18e). Là, les objets dont les gens se débarrassent ne sont pas simplement revendus comme c'est déjà le cas dans un dépôt-vente, ils sont aussi transformés, rendus formidablement agréables à voir, après un travail acharné dans le sous-sol qui a tout l'air d'un atelier d'artistes.

Séduits par l'originalité de la boutique "mère" de la petite rue Léopold Bellan dans le quartier Montorgueil, nous entamons la conversation. Ils nous expliquent ce qu'ils faudrait mettre en oeuvre pour que le concept tende à se généraliser :

Il faudrait d'abord que la Mairie de Paris aille jusqu'au bout de son envie de créer une recyclerie par arrondissement comme ils l'ont annoncé. Car c'est eux qui nous ont fait venir ici, dans le second arrondissement, dans ces locaux mêmes (l'asso se situait dans le 18ème à l'origine).

Et la chargée de communication de déplorer :

Mais le gros problème c'est qu'ils nous ont mis dans ce lieu hors de prix sans nous aider à la hauteur de ces moyens que nous n'avons pas (la location du lieu coûterait 16 000 euros par mois, quand l'aide qui leur est allouée est de 18 000 euros/an).

Dans l'une des autres boutiques rue de Trétaigne, Ines Guibert ajoute :

Ce qu'il faudrait aussi, c'est de la prévention : expliquer aux gens ce qu'est une ressourcerie, et à quoi elle peut nous être utile, voire vitale. Vous n'imaginez pas le nombre de gens qui ne comprennent pas pourquoi nos objets ne sont pas tous gratuits, puisqu'on nous les a donnés...

Pas encore suffisamment de préventif, ni de lieux de ce type dédiés au recyclage créatif, pour satisfaire les deux millions d'habitants de Paris. Et après notre lâche et honteux abandon, nous nous prenons malgré tout à rêver à cette "économie circulaire" qui fait revivre les objets que tout condamait à l'oubli et aux incinérateurs de dêchets, ou  aux centres d'enfouissement sous terre.

Source image : L'Interloque et mystartup.paris.fr

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