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Pollution : il y a 100 ans, Paris croulait sous le crottin

Avant de marcher dans le brouillard, les Parisiens posaient les pieds dans le crottin

Ecrit par Antoine Lebrun Publié le 7 déc. 2016

Antoine Lebrun

Pollution : il y a 100 ans, Paris croulait sous le crottin

Paris et sa Tour Eiffel s’estompent peu à peu sous un épais nuage de brouillard. La pollution atteint son maximum, contraignant les autorités à maintenir la circulation alternée deux jours durant (une première en France). Hello Demain ne vous proposera pas de solution miracle cette fois. Juste un grand bond dans le passé, dans le Paris du début du XXè siècle précisément. Une période où la rue n’avait de belle que l’époque. Ne regardez pas en l’air, c’est en bas que la pollution fout le merdier.

Paris dans le brouillard. Depuis deux jours, la capitale n’y voit plus très clair. En cause, la pollution atmosphérique liée à la circulation de masse. Pire : la circulation y est alternée pour la deuxième journée consécutive, une première dans la grande Histoire de France. Mon Dieu, que les temps sont durs… Mais remontons un peu la DeLorean, direction le début des années 1900, avant même l’apparition de l’objet du crime actuel. Et tant pis si la plaque est impaire. 

En un siècle, la pollution a pris de la hauteur. Car en 1900, le mauvais air n’est pas au-dessus des têtes mais sous les croquenots. S’il ne laisse pas de taches sur les poumons, il s’occupe de souiller les souliers jusqu’aux mieux vernis. Cette "pollution" visuelle et odorante, on la doit aux crottins de chevaux chiquement déposés aux quatre coins de la voie publique par 80 000 montures sillonnant les boulevards. Pas un hasard si les cireurs de pompes s'appellent alors les décrotteurs. Tu parles d’une Belle Epoque… "Les embarras de Paris", comme on aime alors à les surnommer, pourrissent littéralement les rues de Paris d’un immonde parfum qualifié de "danger pour la respiration". Vous connaissez l'origine de l'expression "merde" pour souhaiter bonne chance ? Cultivez-vous par ici

La solution porte un nom : l'automobile

Pris dans un bourbier grandeur nature, le préfet de Paris s’essaye alors, en 1907, à une expérience : chambouler la circulation sur les Champs-Elysées. Dorénavant, les voitures à chevaux et autres cyclistes devront emprunter les bas-côtés de la chaussée pendant que la partie médiane verra défiler les premières voitures. Pour beaucoup, la sombre fumée qui s’échappe des pots d’échappement n’a rien de comparable avec les fientes chevalines. Si vous le dîtes. 

Une décision qui fait le bonheur de l’illustre sportif et pionnier de l’automobile, Frantz-Reichel, lequel se lâche totalement dans une tribune parue le 8 février 1907 dans Le Figaro. Visionnaire…


"Alors que les deux bas-côtés sont, de l'Etoile à la place de la Concorde, de vastes et humides litières de crottins épaisses par place de plusieurs centimètres, la ligne centrale est complètement nette, sèche, luisante, propre, sans saletés, sans poussière, comme cirée par les caoutchoucs des automobiles. Si l'application de cette réglementation se prolonge quelque temps encore, il sera facile de constater que, au point de vue hygiénique, les automobiles qui dégagent des fumées rapidement absorbées par l'air où elles disparaissent, sont préférables aux voitures hippomobiles, dont les attelages sèment par nos rues des crottins malodorants et dangereux pour la vue comme pour la respiration".



Quelques années auparavant, à la toute fin du XIXè siècle, les agents d’entretien courent les rues. Au total, près de 4 000 cantonniers et balayeurs se chargent quotidiennement de nettoyer le pavé. Un déploiement de masse qui ne suffit malheureusement pas, les rues restant souvent sales malgré les sommes folles déboursées pour s’offrir la propreté. Pour Le Figaro, le seul et unique remède aux maux parisiens s’appelle l’automobile, censée permettre de "réaliser des économies considérables, qui permettront, espérons-le, d'assurer (aux) rues un meilleur arrosage et un meilleur balayage". L’avantage est donc double : hygiénique et économique. Et l’écologie dans tout ça ?

Excès de fumée et moineaux déserteurs

Complètement inconscients de la santé du monde, les anciens ? Un peu mais pas totalement heureusement. Si les riverains ont la liberté de dégainer leurs clopes où qu’ils soient, les voitures ont, elles, interdiction de (trop) fumer. Le préfet de police Lépine instaure une loi claire : "au moindre nuage bleu qui flotte à l’arrière, un agent se précipité et dresse une contravention pour ‘excès de fumée’". Et pour les récidivistes ? Retrait de permis au bout de trois contraventions ! Ca rigole vraiment pas… Une répression que les journaux de l’époque ont alors du mal à comprendre. Leurs arguments ? "Ni nauséabondes, ni malsaines, (les fumées) s'envolent et disparaissent aussitôt pour ne plus revenir. Ce n'est pas comme le crottin des chevaux qui sèche sur les voies de la capitale et s'y baladent en titanesques tourbillons puants, suffocants, écœurants, aveuglants." Ou l’art de l’hyperbole. 

Si les journalistes de l’époque planent à 15 000, d’autres volatiles ont le bec un poil plus creux. Le triomphe grandissant de l’auto met les moineaux de Paris sur le carreau. Solidarité animale avec les canassons ou fumée noire qui leur flingue les bronches ? Allez savoir. Toujours est-il que les zozios décampent à haute cadence, bien conscients que ces épaisses flaques d’huile ornant le bitume n’ont pas grand chose de bon à leur apporter. Malgré leur petite cervelle de moineaux, les piafs ont vite compris que l’évolution technologique était également une incroyable régression sanitaire. Tout comme l’habit ne fait pas le moine, l’odeur ne fait pas la pollution. 

Source image : © L'Express / Salut Paris

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