En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d’intérêts.

En pleine favela, une décharge changée en jardin écolo

Le bonheur est dans le prés. Et ce même quand on vit dans une favela brésilienne.

Ecrit par Antoine Lebrun Publié le 26 sept. 2016

En pleine favela, une décharge changée en jardin écolo

Du dépotoir au jardin public. Au sud de Rio, la favela Vidigal a longtemps vécu dans la vétusté ultime. Mais ça, c’était avant que deux habitants décident de changer la face du quartier. Il y a 15 ans, Mauro et Paulo s’attaquent à la décharge publique qui entoure la favela. Après des années de labeur, le dépotoir est devenu un exemplaire parc écologique où la population vient chercher un peu de bonheur.

Les endroits les plus délabrés peuvent aussi devenir les plus inspirants. Au sommet d’une commune située au sud de Rio de Janeiro, la favela Vidigal en est un parfait exemple. Au début des années 2000, le quartier est un véritable dépotoir entouré d’une énorme et répugnante décharge à ciel ouvert. Un triste spectacle que deux habitants décident de nettoyer. Accompagnés d’un jeune architecte brésilien et d’une poignée de bénévoles, Mauro Quintanilha et Paulo Cesar transforment, en quelques années, l’endroit en un parc écologique exemplaire. 

Mauro Quintanilha est musicien. Paulo Cesar, lui, est éboueur. Tout deux habitants de la favela Vidigal, ils se lancent dans une vaste opération de nettoyage en 2005. Dix ans plus tard, le terrain de 1 100 m2 a totalement changé d’allure. Désormais nommé Parc Sitiê, l’ancienne décharge prône la permaculture et la protection de l’environnement. Un renouveau qui lui permet de remporter le prix Seed Awards l’an dernier, l’un des plus prestigieux qui soit en matière d’urbanisme. 

Quand j’ai commencé,  on me prenait pour un fou ! Mauro Quintanilha, initiateur du projet

Un projet dingue et ambitieux dont Mauro Quintanilha conte la genèse pour France 24 : "Quand j’étais petit, la favela était entourée d’une magnifique forêt. Puis des habitants se sont installés illégalement sur le terrain. En 2003, la mairie a demandé la destruction de plusieurs de ces habitations informelles, sans ramasser les débris après ! La zone démolie est alors devenue un dépotoir. Pendant une vingtaine d’années, les habitants y jetaient leurs ordures. L’odeur était insupportable."

Après plusieurs tentatives d’alertes auprès de la municipalité, Mauro prend la mouche et décide de ne compter que sur lui-même. Enfin lui-même et son pote de toujours, Paulo Cesar. Les deux acolytes commencent alors par nettoyer la zone en déplaçant les ordures vers une vraie décharge. Intrigués par cette bonne action, d’autres habitants viennent prêter main forte à l’escouade de la propreté. La bande grandissante organise des séances de sensibilisation invitant à jeter les ordures ailleurs que dans le parc. Dans le même temps, la fine équipe met en place de nombreux points de collecte de déchets à travers la favela. 

L’aide municipale avant l’éclosion

"La reforestation, via la plantation d'arbres et de fleurs, nous a permis de redonner un charme à cet espace, se souvient Mauro Quintanilha. Pour cela, nous avons bénéficié de l'aide du Jardin Botanique de Rio de Janeiro, qui a fourni gratuitement des semences. Nous avons également mis en place un petit potager dans le parc, dont les récoltes sont redistribuées aux habitants. Pour cette première partie du projet, nous n’avions aucun financement, seulement l’accord de la municipalité pour exploiter le terrain."

Un travail de l’ombre qui finit par attirer le soleil. En 2012, le sommet de l’ONU RIO+20 met en lumière le projet, regroupant investisseurs et architectes renommés. L’engrenage est lancé et tout s’enchaîne : le site est dans la foulée officiellement reconnu par la préfecture de Rio comme la première agro-forêt de la région. Mais tout va changer à la suite d’une rencontre avec un jeune diplômé. En 2013, Pedro Henrique de Cristo, architecte de 30 ans fraîchement honoré d’un cursus en politiques urbaines à Harvard, propose ses services à Mauro et Paulo Cesar. Son idée : réaménager le site tout en lui donnant davantage de visibilité. 

Le chouchou des touristes

"Avec une équipe d'architectes et urbanistes et grâce au financement de fondations privées, nous avons renforcé le côté "écolo" du parc en installant des systèmes de récupération des eaux usées pour subvenir aux besoins en eau des plantations et aménagé d'autres potagers, raconte Pedro Henrique de Cristo. Nous avons également décoré l'espace avec toutes sortes d'objets de récupération." Coût total des travaux : 18 200 €, le tout financé par la société d'architecture ArqFuturo, l'Insitut PDR, œuvrant pour le développement social, et la Fondation Getúlio Vargas

Nettoyé et rendu écolo, il ne manquait plus qu’un détail au parc pour attirer les foules. La jolie bande de bienfaiteurs a donc décidé de dessiner de nouveaux chemins de promenade afin de relier la favela aux autres quartiers. Accessible de toutes parts, le parc Sitiê accueille tout le monde à l’exception des narcotrafiquants qui avaient jadis pris leur quartier dans les environs. 

"Quand je suis arrivé, le parc faisait 1 100 m2, précise Pedro Henrique de Cristo. En deux ans, il est passé à 8 500 m2 ! La fréquentation touristique augmente, preuve que l’image du quartier a changé. Nous avons également ouvert l’Institut Sitiê pour gérer le parc et organiser des événements autour de la protection de l’environnement."

Au coeur de toute cette verdure, les habitants de la favela cultivent des potagers et s’y approvisionnent à leur guise. Cueillies et vendues par les femmes du quartier, les fleurs améliorent également le quotidien de nombreuses familles. Une riche idée qui a séduit plusieurs autres pays. Et à comparer l’avant-après, il n’y a pas photo (enfin si, justement) !

Source image : © Parque Sitie

Récompensez ce chroniqueur par un like !
Dossier Déchets et gestes

Rejoins le projet Hellodemain et fais partager aux autres tes découvertes

Je participe


Rejoins le projet Hellodemain
et fais partager aux autres tes découvertes

Je participe