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Hello Fiction : Imaginez Paris... sans bruit

Le monde appartient à ceux qui rêvent beaucoup. Fermez les yeux, et écoutez le silence.

Ecrit par Alexandre Broutart Publié le 3 oct. 2016

Alexandre Broutart

Hello Fiction : Imaginez Paris... sans bruit

Détendez-vous, fermez les yeux (enfin pas tout de suite), imaginez et savourez cet instant magique : vous êtes en plein centre de Paris, et alors que vous grimacez déjà en pensant au raffut habituel qui va bientôt vous rendre de méchante humeur... vous ne percevez aucun bruit, rien du tout, sinon les battements d'ailes des pigeons, et la voix des touristes qui parlent tout bas pour ne pas gâcher cette merveille acoustique.

Bon, d'accord, à quoi bon se faire des films alors que ça n'arrivera jamais... Et pourtant, le vœux intime de deux millions et demi d'habitants pourrait bien, un jour, se voir exaucé. Retour sur le malaise le mieux partagé du monde et le moins évoqué.

A la fin du rêve vous êtes subitement ramené à la vie par le vrombissement énervé d'une grosse cylindrée. Le bruit des moteurs est la première source de pollution sonore. Mais s'il n'y avait que cela... Klaxons vengeurs, marteaux-piqueurs implacables, sirènes de police, les nuisances ne manquent pas dans Paris comme dans toutes les grandes villes.

Mais au fait, outre le désagrément, y-a-t-il un risque pour notre santé ? Voici l'échelle de  nuisance de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris.

C'est là que les choses se corsent : selon le dernier rapport quinquénal de l'Agence Européenne de l'Environnement publié cette année, le fléau sonore serait responsable d'au moins 10 000 décès annuels en Europe, parmi lesquels 6700 crises cardiaques, et 3300 accidents vasculaires cérébraux (AVC). Sans compter les 910 000 cas d'hypertension, et les 8000 élèves de 7 à 17 ans qui auraient des difficultés à lire à cause du traffic aérien (la bonne excuse).

Et ces chiffres pourraient être largement sous-estimés

... ajoute l'AEE dans son rapport. Alors sur quoi agir ?

1. Les klaxons

Désormais acquis à la cause du bien-être sonore, vous cherchez des solutions, et la première pourrait bien venir des voitures autonomes dont l'arrivée sur le sol européen serait, dit-on, imminente.

La Google Car pour ne citer qu'elle, voiture sans chauffeur capable de vous conduire dans la ville grâce à un système de géolocalisation en temps réel, a peut-être enfin trouvé le remède aux klaxons : dans le dernier rapport de mai 2016, le géant californien prévoit en effet d'ajouter à ses véhicules du futur un algorithme intelligent capable d'émettre une sonnerie différente selon la situation, "et avec un certain raffinement" précise Sciences et Avenir : du petit coup de klaxon "équivalent à un signe amical" (dixit Google), à l'avertisseur plus bruyant en cas de danger. La société promet aussi des sons plus travaillés et moins violents pour l'oreille humaine.

L'astuce est d'autant plus nécessaire depuis que ces véritables générateurs d'envies de meurtre urbains sont passés au gros volume : inutile d'être historien de l'automobile pour s'être aperçu que les constructeurs augmentent toujours un peu plus, au fil des années, la puissance de leurs avertisseurs sonores. Prouver que la machine en impose plus que la précédente sans doute... Ceux qui se souviennent des anciens klaxons, ceux de la vieille Peugeot 106 par exemple, si doux et tout pleins d'innocence, comprendront de quoi il est question.

Et c'est sans évoquer les petits bricoleurs du dimanche, qui changent eux-mêmes leur bel instrument pour lui préférer des modèles plus énergiques encore, et une simple recherche Google du mot "Klaxon" vous inondera d'annonces d'avertisseurs à 130 dB, alors que la limite autorisée est de 74 dB. Démonstration :


Comme cela ne suffisait pas encore, ce niveau de décibels est sans doute encore bien inférieur à celui des klaxons de bus. Le problème avait d'ailleurs conduit, il y a trois ans, le Ministre des Transports Frédéric Cuvillier à publier lui-même une pétition pour réglementer les avertisseurs sonores des transports en commun.

2. Les moteurs

Le seuil de la douleur auditive est de 120 décibels. Au-delà, le bruit peut causer des dommages gravissimes à l'ouie humaine. Pourtant il semble que cela n'ait pas encore ému les constructeurs auto :

Porsche Carrera 911 : 112 dB.

Ferrari F430 : 106 dB (avec modification, peut atteindre 130dB)

Harley-Davidson Nightster : 96dB

Nota bene 1 : Le seuil de 120dB est celui de la vraie douleur, mais franchi le seuil des 95 dB, le bruit est déjà hautement insupportable et peut causer de graves troubles.

Nota bene 2 : A titre de comparaison, la CIA est aujourd'hui accusée d'avoir pratiqué la torture sonore, à hauteur d'environ 82 décibels.


Mais voilà, l'électrification est en marche, et le bruit des voitures pourrait un jour n'être que celui des petites électriques en libre-accès de Paris, les autolib', Ce merveilleux sifflement futuriste qui donne la sensation, pendant que vous traversez le passage piéton, qu'un ovni vient tout juste de vous frôler. Et preuve ultime que les constructeurs de voitures électriques vivent d'ores et déjà dans le monde des bisounours : le bruit de grillons apposé à la commande des essuie-glaces dans toutes les autolib' pour avertir les passants en douceur, un pur ravissement...

Sur le dernier modèle S de Tesla, le premier constructeur de voitures de luxe électriques, même le bruit de l'air conditionné se fait de plus en plus menu à mesure que la température de la voiture baisse. Rien n'est trop silencieux pour les nouveaux puristes du "zéro noise", et le monde d'hier est déjà si loin...

L'engin d'Elon Musk n'est pas le seul à vouloir se positionner dans le haut de gamme 100% électrique. Ici, la Renault DeZir et son inimitable bruit de moteur de science-fiction :

3. Les marteaux-piqueurs

Un grand classique pour les stressés du bruit : le délicat tapotement du marteau-piqueur. Le meilleur moment étant bien-sûr celui où l'engin vient tout juste de commencer son oeuvre dans la rue d'en bas, annonçant une (trop) longue journée de chantier.

Pourtant la parade existe déjà : le marteau-piqueur hydraulique. Plus coûteux que le bon vieux marteau-piqueur de notre enfance, il est devenu synonyme de paradis sur terre pour les passants comme pour les travailleurs du chantier qui ne sont même plus obligés de porter le casque anti-bruit !

L'énergie hydraulique qui alimente le marteau est convertie en force pour frapper l'outil interne (le choc se produit à l'intérieur du marteau, et communique l'onde jusqu'à l'extérieur comme sur tous les marteaux-piqueurs.)

Regardez-le donc, fièrement jouxté à l'énorme Caterpillar, vos oreilles en pleurent déjà d'émotion :

Au final, on est en droit de se demander si la réalité ne va pas rattraper bien vite notre fiction, et si les élèves de 7 à 17 ans vont enfin pouvoir terminer leur livre, grâce aux avions à énergie solaire notamment. Le tout premier prototype fonctionnel (français) de Bertrand Piccard, boudé  par les sponsors et les médias qui ne semblaient pas croire l'exploit possible, s'est pourtant posé à Abu Dhabi cet été, après avoir fait le tour du monde,

Allez, on reprend le rêve ? Vous pouvez fermer les yeux, cette-fois...

Source image : D.R.

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